À l’angle de Grosvenor Square et de South Audley Street, dans le brouillard, un homme le croisa. Il marchait à vive allure, le col de son ulster gris relevé, un sac de voyage à la main. Dorian le reconnut. C’était Basil Hallward. Saisi d’une peur étrange, inexplicable, il fit mine de ne l’avoir pas vu et pressa le pas vers sa demeure.
Mais Hallward, lui, l’avait aperçu. Dorian l’entendit s’arrêter d’abord sur le trottoir, puis s’élancer à sa poursuite. Quelques instants après, une main s’abattait sur son bras.
— Dorian ! Quelle chance inespérée ! Je sors de votre bibliothèque où je vous attendais dès neuf heures. Par pitié pour votre valet qui tombait de fatigue, j’ai fini par me retirer en lui recommandant d’aller dormir. Je prends le train de minuit pour Paris. Je tenais beaucoup à vous voir avant mon départ. Quand vous êtes passé près de moi, il m’a bien semblé que c’était vous, ou plutôt votre pelisse de fourrure. Pourtant je n’en étais pas sûr. Ne m’aviez-vous pas reconnu, non plus ?
— Dans ce brouillard, mon cher Basil ? Je n’arrive même pas à reconnaître Grosvenor Square. Je crois que ma maison se trouve par là quelque part ; mais je n’en voudrais pas jurer. Quel dommage que vous partiez ! Je ne vous ai pas vu depuis des siècles. Vous reviendrez bientôt, je pense ?
— Non, je quitte l’Angleterre pour six mois. J’ai l’intention de prendre un atelier à Paris, et de n’en sortir qu’une fois achevé un grand tableau que j’ai en tête. Mais ce n’est pas de moi que je voulais vous parler. Nous