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Page:Wilde - Le portrait de Dorian Gray (trad. Jaloux), 1928.djvu/249

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voici à votre porte. Entrons un moment. J’ai quelque chose à vous dire.

— J’en suis ravi. Seulement, n’allez-vous pas manquer votre train ? fit Dorian Gray, placide. Et montant quelques marches, d’un tour de clef il ouvrit sa porte.

La lueur d’un réverbère perçait avec peine le brouillard. Hallward consulta sa montre.

— J’ai du temps à revendre, répondit-il. Le train ne part qu’à minuit quinze, et il est tout juste onze heures. À dire vrai, quand je vous ai rencontré, j’étais en route pour le club. J’allais vous y chercher. Voyez-vous, je ne serai pas retardé par les bagages ; mes gros colis sont déjà partis. Ce sac est tout ce que j’emporte avec moi et je puis aisément gagner Victoria en vingt minutes.

Dorian Gray le regarda et sourit.

— Quelle tenue de voyage, pour un peintre à la mode ! Un sac Gladstone et un ulster ! Entrez vite, que le brouillard ne pénètre pas ! Et gardez-vous bien de me parler de choses sérieuses. Plus rien n’est sérieux de nos jours. Plus rien du moins ne devrait l’être.

Secouant la tête, Hallward entra. Il suivit Dorian dans la bibliothèque. Un feu de bois brûlait à belles flammes dans le large foyer. Les lampes étaient allumées et sur une petite table de marqueterie s’offrait, large ouverte, une cave à liqueurs hollandaise en vieil argent, avec des siphons d’eau de Seltz et de grands verres de cristal taillé.

— Vous le voyez, Dorian, votre domestique m’avait installé comme chez moi. Il m’a donné tout ce que je pouvais souhaiter, y compris vos meilleures cigarettes à