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Page:Wilde - Le portrait de Dorian Gray (trad. Jaloux), 1928.djvu/250

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bouts dorés. C’est une créature des plus hospitalières. Je le préfère bien au Français qui vous servait autrefois. Mais, à propos, qu’est-il donc devenu ?

Dorian haussa les épaules :

— Je crois qu’il a épousé la femme de chambre de lady Radley, et qu’il l’a établie à Paris comme couturière anglaise. L’anglomanie, paraît-il, est en ce moment fort à la mode en France. Entre nous, c’est assez niais, n’est-ce pas ? Non, voyez-vous, ce n’était pas du tout un mauvais domestique. Je n’ai jamais pu me faire à lui, mais en somme je n’avais rien à lui reprocher. On s’imagine parfois des choses ridicules. Il m’était réellement dévoué. Il a paru tout triste de me quitter. Encore un peu de brandy et de soda ? Ou, de préférence, du vin du Rhin et de l’eau de Seltz ? Pour ma part, c’est ce que je prends toujours. Il y en a sûrement dans la chambre à côté.

— Merci, je ne veux plus rien, dit le peintre. Et, se débarrassant de son chapeau et de son pardessus, il les jeta sur le sac de voyage, dans un coin de la chambre. Et maintenant, mon cher ami, j’ai à vous parler sérieusement. Ne prenez pas cet air revêche. Ma tâche en deviendrait par trop embarrassante.

— De quoi s’agit-il ? s’exclama Dorian avec sa vivacité habituelle, en se laissant tomber sur le canapé. Pas de moi, j’espère. Je suis excédé de ma personne, ce soir. Ah ! si je pouvais la changer pour une autre !

— Il s’agit de vous, répondit Hallward de sa voix la plus grave. Et ce que j’ai à vous dire ne peut se taire. Je ne vous tiendrai qu’une petite demi-heure.