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Page:Wilde - Le portrait de Dorian Gray (trad. Jaloux), 1928.djvu/254

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société anglaise pleine d’errements. Pour cette raison même je vous souhaitais une âme exquise. Cette âme, vous ne l’avez pas eue. On a le droit de juger un homme à l’influence qu’il exerce sur ses amis. Les vôtres semblent perdre à l’envi tout sentiment d’honneur, de bonté, de décence. Vous leur avez versé la folie du plaisir. Ils sont descendus jusqu’aux abîmes. C’est vous qui les avez menés là. Oui, vous les avez menés à cette ruine ! Et pourtant vous pouvez sourire comme vous souriez présentement. Vous avez fait pis encore. Harry et vous, je le sais, vous êtes inséparables. Cette seule raison, à défaut de toute autre, n’aurait-elle pas du vous empêcher de faire de sa sœur la fable de la ville ?

— Prenez garde, Basil. Vous allez trop loin.

— Je dois parler et vous devez m’écouter. Vous m’écouterez. Quand lady Gwendolen vous rencontra, jamais encore l’ombre d’un scandale ne l’avait effleurée. Aujourd’hui, trouvez dans Londres une seule femme convenable qui ose se montrer au Parc dans sa calèche. À ses propres enfants il a fallu interdire de vivre avec elle. Il court sur vous bien d’autres rumeurs encore. On vous aurait vu sortir, à l’aube, de maisons infâmes, vous glisser à la dérobée, sous un déguisement, dans les bouges les plus immondes de Londres. Ces histoires sont-elles vraies ? Se peut-il qu’elles soient vraies ? La première fois que je les entendis, je ne fis qu’en rire. Quand je les entends maintenant, elles me donnent le frisson. Que faut-il croire de la vie qu’on mènerait à votre maison de campagne ? Dorian, vous ne soupçonnez pas tout ce qu’on dit de vous. Je ne prétendrai point que je ne veux