pas vous sermonner. Harry, je me rappelle, nous disait un jour que tout curé amateur s’annonce par cette déclaration préalable, puis s’empresse de violer sa promesse. Je veux vous sermonner. Je veux vous voir mener une vie qui vous assure l’universel respect. Je veux que vous ayez un nom sans tache, une réputation inattaquable. Je veux que vous brisiez avec d’ignobles êtres dont vous faites vos compagnons. Ne haussez pas ainsi les épaules. Ne m’opposez pas cette insouciance. Vous exercez une prodigieuse séduction. Que ce soit pour le bien, non pour le mal. On dit que vous corrompez quiconque devient votre intime, et qu’il suffit que vous passiez le seuil d’une maison pour que le déshonneur, sous une forme ou une autre, y entre à votre suite. Est-ce à tort ou à raison ? Je ne sais. Et comment le saurais-je ? Mais voilà ce qu’on dit de vous. Certains faits qu’on m’a racontés semblent impossibles à mettre en doute. Lord Gloucester était, à Oxford, l’un de mes plus chers amis. Il m’a montré une lettre que lui écrivit sa femme, alors qu’elle agonisait, solitaire, dans sa villa de Menton. Votre nom se trouvait mêlé à la confession la plus effrayante que j’aie jamais lue de ma vie. J’ai protesté que c’était absurde, que je vous connaissais à fond, que vous étiez incapable d’une chose pareille. Moi, vous connaître ? Est-ce que vraiment je vous connais ? Avant de pouvoir l’affirmer, il me faudrait voir votre âme !
— Voir mon âme ! murmura Dorian Gray, soudain debout et blême de frayeur.
— Oui, confirma gravement Hallward, d’une voix