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Page:Wilde - Le portrait de Dorian Gray (trad. Jaloux), 1928.djvu/256

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pleine de tristesse. Oui, voir votre âme ! Mais cela n’est possible qu’à Dieu.

Un rire amer et sarcastique jaillit des lèvres du jeune homme.

— Vous la verrez de vos yeux ce soir même, s’écria-t-il. Et prenant une lampe sur la table : Venez ! C’est votre propre ouvrage. Pourquoi ne vous le montrerais-je pas ? Vous pourrez ensuite conter à l’univers toute l’aventure, si le cœur vous en dit. Personne ne voudra vous croire. Et d’ailleurs, ceux qui vous croiraient ne m’en aimeraient que davantage. Mieux que vous, qui en dissertez si fastidieusement, je connais mon époque. Venez, vous dis-je. C’est assez discourir sur la corruption. Vous allez à l’instant la contempler face à face.

Un orgueil insensé frémissait dans chacune de ses paroles. D’un geste impertinent et puéril, il piétinait nerveusement le plancher. Dans son cœur montait une joie monstrueuse, à cette pensée qu’un autre allait partager son secret, et que celui-là même qui avait peint le portrait, source de tant de honte, serait accablé, le restant de ses jours, du souvenir hideux de son œuvre.

— Oui, poursuivit-il, tout près de Basil cette fois et soutenant fermement le regard de ses yeux sévères, je vais vous montrer mon âme. Vous allez voir ce qui, d’après vous, n’est visible qu’à Dieu.

Hallward eut un sursaut.

— Dorian, s’écria-t-il, pourquoi ce blasphème ? Gardez-vous de tels propos. Ils sont horribles et d’ailleurs ne répondent à rien.

— Vous croyez ? persifla-t-il encore.