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Page:Wilde - Le portrait de Dorian Gray (trad. Jaloux), 1928.djvu/257

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— J’en suis sûr. Quant à ce que j’ai dit ce soir, je l’ai dit dans votre intérêt. Vous savez quel ami dévoué vous avez toujours eu en moi !

— Ne me touchez pas. Achevez ce que vous aviez à me dire.

Une vive douleur tortura le visage du peintre. Il se tut un instant, puis sentit sourdre en lui une immense pitié. Après tout, de quel droit venait-il scruter la vie de Dorian Gray ? Pour peu qu’il eût fait le dixième de ce qu’on lui prêtait, comme il avait dû souffrir ! Alors il se redressa, s’approcha du foyer et resta là, debout, à contempler les bûches qui s’y consumaient, avec leurs pellicules de cendres givrées et leurs noyaux de flammes palpitantes.

— Je vous attends, Basil, fit la voix dure et nette du jeune homme.

L’artiste se retourna.

— Il me reste à vous dire ceci, déclara-t-il. Je veux une réponse aux terribles accusations qu’on porte contre vous. Si vous me déclarez qu’elles sont absolument fausses, du commencement à la fin, je vous croirai. Justifiez-vous, Dorian, justifiez-vous. Ne voyez-vous donc pas quel supplice j’endure ? De grâce, que je n’entende pas de votre bouche que vous êtes méchant, corrompu, méprisable !

Dorian Gray sourit. Un pli dédaigneux marqua ses lèvres.

— Venez là-haut, Basil, dit-il avec calme. Je tiens, au jour le jour, le mémorial de ma vie. Jamais il ne sort de la chambre où je l’écris. Venez avec moi et je vous le montrerai.