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Page:Wilde - Le portrait de Dorian Gray (trad. Jaloux), 1928.djvu/267

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sans feuilles. Dorian grelotta. Il rentra et ferma la fenêtre.

Puis il gagna la porte, tourna la clef et ouvrit. Il ne jeta pas même un regard sur sa victime. Ne pas réaliser la situation, tout le secret était là. Désormais, l’ami qui avait peint le fatal portrait, cause de tant de misères, était hors de sa vie. Cela suffisait.

Soudain il pensa à la lampe. Spécimen assez curieux d’art mauresque, elle était en argent mat, incrustée d’arabesques d’acier bruni et ornée de grosses turquoises. Que le domestique en notât l’absence, et ce seraient toutes sortes de questions. Il hésita un instant, puis retourna la prendre sur la table. Il ne put éviter de voir le cadavre. Quelle saisissante immobilité ! Et que ses longues mains étaient horriblement blanches ! On eût dit une affreuse image de cire.

Il referma la porte et doucement descendit l’escalier. La boiserie craquait, d’un craquement pareil à un cri de douleur. Plusieurs fois, Dorian s’arrêta, prêtant l’oreille. Non, tout dormait. C’était simplement le bruit de ses pas.

Quand il rentra dans la bibliothèque, il vit dans un coin le sac de voyage et le pardessus. Vite, il fallait les cacher, n’importe où. Ouvrant un placard secret, dissimulé dans la boiserie, le même où il gardait ses curieux travestissements, il y serra les fâcheux objets. Il lui serait facile de les brûler plus tard. Il tira sa montre. Il était deux heures moins vingt.

Il s’assit et se mit à penser. Chaque année, chaque mois presque, des gens, en Angleterre, étaient pendus