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Page:Wilde - Le portrait de Dorian Gray (trad. Jaloux), 1928.djvu/268

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pour ce qu’il venait de faire là. Depuis quelque temps la folie du meurtre était dans l’air. Une étoile sanglante s’était sans doute trop approchée de la terre… En somme, existait-il une seule preuve contre lui ? Basil Hallward était sorti de cette maison à onze heures. Personne ne l’avait vu rentrer la seconde fois. Presque tous les domestiques étaient à Selby Royal. Son valet était couché… Paris ! Évidemment. C’était à Paris qu’était allé Basil — et par le train de minuit, comme il l’avait annoncé. Vu ses accès d’étrange sauvagerie, il s’écoulerait des mois avant que les premiers soupçons ne s’élevassent. Des mois ! Bien avant cela, il aurait fait tout disparaître.

Subitement une inspiration lui vint. Il remit sa pelisse, son chapeau et pénétra dans le vestibule. Là, il s’arrêta, ayant entendu sur le trottoir le pas lent et martelé du policeman et vu se refléter dans les vitres la lueur de sa lanterne. Retenant son souffle, il attendit.

Après quelques instants, il leva le loquet, sortit sans bruit et referma très doucement la porte. Puis il sonna. Au bout de cinq minutes environ, il vit paraître son valet, à demi habillé et l’air tout endormi.

— Je regrette bien d’avoir dû vous réveiller, Francis, dit-il en franchissant le seuil, mais j’avais oublié ma clef. Quelle heure est-il ?

— Deux heures dix, monsieur, répondit le domestique, consultant la pendule d’un œil clignotant.

— Deux heures dix ! Si horriblement tard ! Demain, il faudra me réveiller à neuf heures. J’ai quelque chose à faire.