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Page:Wilde - Le portrait de Dorian Gray (trad. Jaloux), 1928.djvu/294

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tous leurs amis détestent cordialement ; lady Ruxton, une femme de quarante-sept ans, au nez aquilin, trop parée, toujours s’efforçant de paraître compromise, mais si exceptionnellement dépourvue d’attraits que personne, à son grand dépit, n’arrivait à croire du mal d’elle ; Mme Erlynne, entreprenante petite nullité, au zézaiement délicieux, aux cheveux d’un rouge vénitien ; lady Alice Chapman, la fille de l’hôtesse, gauche et fade personne, une de ces figures britanniques absolument typiques qu’il suffit de voir une fois pour ne plus se les rappeler jamais ; et son mari, un homme aux joues rouges et aux favoris blancs, qui s’imaginait, comme tant de ses pareils, qu’une jovialité incohérente peut faire passer sur un manque complet d’idées.

Dorian regrettait presque d’être venu, quand lady Narborough, levant les yeux vers la grande pendule en bronze doré qui étalait ses prétentieuses volutes sur la cheminée drapée de mauve, s’écria :

— À quoi pense ce monstre d’Henry Wotton de se faire ainsi attendre ? J’ai fait passer chez lui ce matin, à tout hasard, et il s’est engagé sur l’honneur à ne pas me faire faux bond.

Harry serait là. C’était une consolation. Quand la porte s’ouvrit et qu’il entendit la voix lente et harmonieuse envelopper de son charme une excuse mensongère, tout sentiment d’ennui le quitta.

Au dîner, cependant, il ne put rien manger. Il laissa passer les plats l’un après l’autre, sans y toucher. « C’est faire injure à ce pauvre Adolphe qui a composé le menu tout exprès pour vous », ne cessait de lui reprocher lady