Aller au contenu

Page:Wilde - Le portrait de Dorian Gray (trad. Jaloux), 1928.djvu/299

La bibliothèque libre.
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
279

— Avec leur âge, lady Narborough ? demanda Dorian.

— Naturellement, avec leur âge, légèrement revu et corrigé. Mais ne faisons rien précipitamment. Je veux combiner ce que le Morning Post appelle une alliance assortie, et j’entends faire deux heureux.

— Que d’absurdités on débite sur les mariages heureux ! s’écria lord Henry. Un homme peut être heureux avec n’importe quelle femme, à condition de ne pas l’aimer.

— Ah ! Quel cynique vous faites ! observa la vieille dame, reculant sa chaise et faisant signe à lady Ruxton. Il faudra revenir bientôt dîner avec moi. Vous êtes vraiment un admirable tonique, bien supérieur à ceux que m’ordonne sir Andrew. Vous n’aurez qu’à me dire quels gens vous désirez rencontrer. Je veux que ce soit une réunion charmante.

— J’aime les hommes qui ont un avenir et les femmes qui ont un passé, répondit-il. Mais peut-être estimerez-vous que vous n’auriez, à ce compte, que des jupons !

— J’en ai bien peur, fit-elle, en riant. Et elle se leva. Mille pardons, ma chère lady Ruxton, reprit-elle, je n’avais pas vu que votre cigarette n’était pas finie.

— Ne vous tourmentez pas, lady Narborough. Je fume beaucoup trop. Je veux me restreindre à l’avenir.

— De grâce, n’en faites rien, lady Ruxton, dit lord Henry. La modération est une chose fatale. Assez est mauvais comme un repas. Trop est bon comme un festin.

Lady Ruxton le regarda avec curiosité.