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Page:Wilde - Le portrait de Dorian Gray (trad. Jaloux), 1928.djvu/303

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que le sentiment de terreur qu’il pensait avoir étouffé, avait de nouveau surgi en lui. Quelques questions indifférentes d’Harry lui avaient fait perdre un instant tout sang-froid ; or, il avait encore besoin de sang-froid. Il lui restait à détruire divers objets compromettants. Il tressaillit. La seule pensée d’avoir à les toucher lui était odieuse.

Pourtant, il le fallait. Il s’en rendait compte. Et dès qu’il se fut enfermé dans sa bibliothèque, il ouvrit le placard secret où il avait jeté hâtivement le manteau et le sac de voyage de Basil Hallward. Un grand feu flambait. Il y ajouta une bûche. Une horrible odeur de vêtements roussis et de cuir grillé se dégagea. Il lui fallut trois quarts d’heure pour tout consumer. À la fin, il crut défaillir de malaise. Il alluma des pastilles algériennes dans une cassolette de cuivre ajouré, et se baigna le front et les mains d’un vinaigre de toilette frais et musqué.

Tout à coup il tressaillit. Ses yeux s’allumèrent d’un feu bizarre. Il se mordit nerveusement la lèvre. Entre deux fenêtres se dressait un large cabinet florentin, en ébène incrusté d’ivoire et de lapis bleu. Ses regards s’y fixèrent, comme si ce meuble l’eût à la fois fasciné et terrifié, comme s’il eût contenu quelque objet d’ardente convoitise et pourtant maudit. Son souffle haletait. Un désir fou montait en lui. Il alluma une cigarette qu’il rejeta aussitôt. Peu à peu ses paupières s’abaissèrent, à ce point que la longue frange des cils vint presque effleurer la joue. Mais son regard ne quittait pas le cabinet. Enfin, se levant du sofa où il était allongé, il