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Page:Wilde - Le portrait de Dorian Gray (trad. Jaloux), 1928.djvu/304

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marcha droit au meuble, l’ouvrit, fit jouer quelque ressort caché. Un tiroir triangulaire apparut lentement. D’un geste instinctif, Dorian tendit la main, la plongea, saisit l’objet désiré. C’était un coffret chinois, en laque noire poudrée d’or, d’un merveilleux travail : les côtés représentaient des vagues sinueuses ; les cordons de soie étaient ornés de bagues de cristal et de glands de fils d’or tressés. Il l’ouvrit. Il contenait une pâte verte, d’un éclat de cire, d’une odeur singulièrement lourde et tenace.

Il hésita quelques instants, les traits figés dans un sourire étrange. Puis, avec un frisson, bien qu’il fît dans la pièce une chaleur étouffante, il se redressa et regarda l’heure à la pendule. Elle marquait minuit moins vingt. Il reposa la boîte dans le cabinet dont les portes se refermèrent, et s’en fut dans sa chambre à coucher. Comme minuit égrenait ses notes de bronze dans le ciel obscur, Dorian Gray, vêtu d’habits communs, un cache-nez autour du cou, sortit doucement de son logis. Dans Bond Street il trouva un cab attelé d’un bon cheval. Il le héla et, d’une voix sourde, jeta une adresse au cocher.

L’homme secoua la tête :

— C’est trop loin pour moi, fit-il.

— Tenez, je vous donne un souverain, dit Dorian.

Et vous en aurez un deuxième, si vous allez vite.

— Parfait, monsieur, répondit l’autre. Vous y serez dans une heure.

Il empocha la pièce d’or, fit tourner bride à son cheval et partit grand train vers la Tamise.