langage ? Qui l’avait chargé de juger ainsi les autres ? Il avait eu des paroles horribles, odieuses, intolérables.
Péniblement le cab avançait, d’un train qui semblait se ralentir à chaque pas. Dorian, ouvrant la trappe, cria au cocher d’aller plus vite. L’horrible désir de l’opium commençait à le tenailler. Sa gorge était en feu ; ses mains fines se tordaient convulsivement. Il frappa le cheval d’un furieux coup de canne. Le cocher se prit à rire et donna du fouet. Dorian rit à son tour, et l’homme se tut.
Quel interminable trajet ! Les rues faisaient penser à la toile noire d’une lente araignée. Cette monotonie devenait accablante, et le brouillard étant venu à s’épaissir, Dorian prit peur.
Ils longèrent des briqueteries désertes. Là, le brouillard moins épais laissait voir d’étranges fours en forme de bouteille et l’éventail orangé de leurs langues de feu. Un chien aboya, comme ils passaient, et tout là-bas, dans la nuit, monta le cri d’une mouette vagabonde. Le cheval, ayant trébuché dans une ornière, fit un écart et prit le galop.
Bientôt ils quittèrent la route argileuse et reprirent leur course bruyante par des rues mal pavées. Les fenêtres, presque toutes, étaient noires ; çà et là pourtant, quelque lampe allumée projetait contre les stores des silhouettes fantastiques. Dorian les observait avec curiosité. Elles se mouvaient comme de monstrueuses marionnettes, gesticulaient comme des êtres vivants. Il se prit à les haïr. Une rage sourde était dans son cœur. Comme ils tournaient au coin d’une rue, une femme