— N’est-ce pas tout près d’ici, monsieur ? demanda par la trappe une voix rauque.
Dorian tressaillit et scruta la pénombre :
— Arrêtez-moi là, répondit-il.
Vite il sortit du cab, donna au cocher la seconde pièce promise et, pressant le pas, se dirigea vers le quai. Çà et là, une lanterne brillait à la poupe de quelque gros navire marchand. La lumière tremblait dans l’eau des flaques et s’y brisait en éclats. Une lueur rouge venait d’un steamer en partance qui faisait du charbon. La chaussée visqueuse luisait comme un mackintosh mouillé.
Il prit à gauche et se hâta, jetant parfois un regard en arrière pour voir si personne ne le suivait. Au bout de sept à huit minutes, il atteignit une sordide masure enclavée entre deux maigres usines. À une des fenêtres supérieures brûlait une lampe. Il s’arrêta, frappa d’une façon convenue.
Il entendit bientôt des pas dans le couloir, puis le bruit d’une chaîne qu’on décrochait. La porte s’ouvrit doucement, et il entra, sans dire une parole à l’informe paquet humain qui s’effaçait dans l’ombre pour lui livrer passage. Au fond du corridor pendait un rideau vert tout déchiré, qu’agitait violemment la rafale entrée du dehors avec le visiteur. Il écarta la tenture et pénétra dans une longue pièce basse, qui avait tout l’air d’une ancienne salle de bal d’infime catégorie. Contre les murs, à distances égales, flambaient en sifflant d’aveuglants becs de gaz, dont l’image se reflétait, ternie et déformée, dans autant de glaces, noires de taches de