plus me voir. Cela m’est égal, ajouta-t-il en soupirant. Tant qu’on a cette drogue, on n’a pas besoin d’amis. Je n’ai eu que trop d’amis, peut-être !
Dorian tressaillit et regarda, à la ronde, sur leurs matelas dépenaillés, tous ces fantoches aux poses invraisemblables. Leurs jambes repliées, leurs bouches bées, leurs yeux dilatés et éteints le fascinaient. Il savait dans quels paradis étranges ces êtres souffraient, et quels mornes enfers leur livraient le secret de voluptés nouvelles. Ils étaient plus heureux que lui dans la prison de sa pensée, aux griffes du souvenir qui, tel un mal horrible, lui rongeait l’âme. Par moments, il croyait voir fixés sur lui les yeux de Basil. Malgré tout, il sentit qu’il ne pourrait demeurer là. La présence d’Adrian Singleton le gênait. Il lui fallait un endroit où personne ne le connût. Il eût voulu sortir de lui-même.
— Je m’en vais à l’autre boîte, dit-il, après un silence.
— Sur le quai ?
— Oui.
— Vous êtes sûr d’y retrouver cette enragée ! On ne veut plus d’elle ici.
Dorian haussa les épaules :
— Je suis écœuré des femmes qui aiment. Celles qui haïssent sont bien plus intéressantes. Puis, la drogue est meilleure là-bas.
— Oh ! sensiblement la même.
— Je la trouve préférable. Venez-vous prendre quelque chose. J’ai soif.
— Je n’ai besoin de rien, murmura le jeune homme.