ricanement jaillit des lèvres peintes de la femme qui avait ramassé l’argent.
— Tiens, le vendu au diable qui s’en va ! fit-elle d’une voix rauque, entre deux hoquets.
— Maudite femme, ne m’appelez pas ainsi ! protesta-t-il.
Elle fit claquer ses doigts.
— C’est Prince Charmant, hein ? le petit nom qui vous plaît ? hurla-t-elle à ses trousses.
À ces paroles, le matelot qui somnolait se leva d’un bond, promenant autour de lui des regards sauvages. Il entendit se refermer la porte du couloir. Il s’élança, comme sur une piste.
Dorian Gray suivait le quai, pressant le pas sous la petite pluie fine. Sa rencontre avec Adrian Singleton l’avait remué d’étrange façon et il se demandait si, véritablement, il avait causé la ruine de cette jeune existence, comme Basil Hallward avait eu l’infamie de le lui reprocher. Il se mordit les lèvres. Ses yeux, pour quelques secondes, s’emplirent de tristesse. Mais, après tout, de quoi s’inquiétait-il ? Nos jours sont trop courts pour qu’on aille se charger des fautes du prochain. Chacun vit pour soi et acquitte, pour son compte, la rançon de la vie. Quel malheur seulement qu’il faille expier tant de fois l’unique erreur de vivre ! Vraiment, nous avons à payer, à payer encore, à payer toujours. Dans son commerce avec l’homme, le Destin n’arrête jamais ses comptes.
Il y a des moments, nous disent les psychologues, où l’amour du péché, de ce que le monde appelle le péché,