s’empare de l’être à tel point que chaque fibre du corps, chaque cellule du cerveau, semble la proie d’inexorables impulsions. Hommes et femmes, alors, perdent tout libre arbitre. Ils se meuvent vers leur but fatal, comme se meuvent des automates. Toute faculté de choisir leur est enlevée. Leur conscience est morte, ou sinon, juste assez vivante pour donner de l’attrait à la rébellion, du charme à la désobéissance. Car tout péché, les théologiens ne se lassent pas de nous le rappeler, est péché de désobéissance. Quand le superbe Esprit du mal, l’Étoile du matin, tomba du ciel, ce fut sous l’étendard de la révolte.
Endurci, tendu vers le mal, l’esprit souillé, l’âme assoiffée de rébellion, Dorian Gray, dans son impatience, hâtait de plus en plus le pas. Il venait de tourner brusquement sous un passage voûté, traverse qu’il empruntait souvent pour se rendre à ce mauvais lieu, quand tout à coup il se sentit saisi par derrière et, avant toute défense possible, acculé au mur, étranglé par une main brutale.
Il lutta désespérément et par un effort suprême rompit l’horrible étreinte des doigts qui l’enserraient. À la même seconde, il perçut la manœuvre d’un revolver, l’éclair d’un canon poli tourné vers son visage et, noyée dans l’ombre, la forme courte et trapue de son assaillant.
— Que me voulez-vous ? demanda-t-il, haletant.
— Paix ! fit l’homme. Pas un mouvement, ou je tire !
— Mais vous êtes fou. Que vous ai-je fait ?
— Vous avez brisé la vie de Sibyl Vane, et Sibyl