James Vane hésita d’abord, ne saisissant pas. Puis il prit Dorian Gray et l’entraîna hors de la voûte.
Toute faible et agitée du vent que fût la flamme du réverbère, elle suffit pourtant à montrer au matelot quelle abominable erreur il venait apparemment de commettre. Car cet homme qu’il avait voulu tuer, portait sur le visage toute la fraîcheur de l’adolescence et la pureté sans tache de la prime jeunesse. Il ne lui parut guère compter plus de vingt printemps, à peu de chose près l’âge de sa sœur, lors de leurs derniers adieux, tant d’années en arrière. De toute évidence, ce n’était pas là le meurtrier de Sibyl.
Il lâcha prise et recula :
— Dieu de Dieu ! s’écria-t-il. Et dire que j’allais vous tuer !
Dorian Gray respira avec force. Puis, couvrant l’homme d’un regard sévère :
— Malheureux ! Vous avez failli commettre un horrible crime. Que cela vous serve de leçon ! Ne cherchez plus à vous venger vous-même !
— Pardonnez-moi, monsieur, murmura James Vane. J’ai fait erreur. Un mot saisi au vol dans cette maudite taverne m’a lancé sur une fausse piste.
— Croyez-moi. Rentrez chez vous et déposez cette arme, sinon il vous arrivera malheur, dit Dorian. Et tournant les talons, il descendit lentement la rue.
Pétrifié d’horreur, James Vane restait là, cloué au trottoir. Tout son corps tremblait. Mais bientôt, une ombre noire qui s’était glissée le long du mur ruisselant de pluie, déboucha dans la lumière et s’approcha de lui