ambrée le service de fine porcelaine et d’argent bosselé. La duchesse faisait les honneurs. Ses mains blanches erraient délicatement parmi les tasses, tandis que ses lèvres charnues et vermeilles souriaient de ce que lui chuchotait Dorian. Renversé dans un fauteuil d’osier drapé de soie, lord Henry les observait tous deux. Lady Narborough, assise sur un divan fleur de pêcher, feignait d’écouter la description que lui faisait le duc, du dernier coléoptère brésilien ajouté à sa collection. Trois jeunes gens, vêtus d’élégants smokings, offraient des gâteaux à quelques-unes des dames. La réunion comptait douze personnes et l’on attendait de nouveaux arrivants pour le lendemain.
— De quoi parlez-vous ? demanda lord Henry, s’approchant doucement de la table et posant sa tasse. J’espère, Gladys, que Dorian vous a mise au courant de mon projet de tout rebaptiser. C’est une idée délicieuse.
— Mais je n’ai pas envie d’être rebaptisée, Harry, protesta la duchesse, levant vers lui ses yeux magnifiques. Je suis enchantée de mon nom de baptême et je gagerais que M. Gray l’est également du sien.
— Ma chère Gladys, pour rien au monde je ne changerais vos deux noms. Ils sont l’un et l’autre parfaits. Je pensais plus particulièrement aux fleurs. Hier, je cueille une orchidée pour ma boutonnière. C’était une vraie merveille, toute semée de taches, émouvante comme les sept péchés mortels. J’ai l’étourderie d’en demander le nom à un jardinier. Il me répond que c’est un joli spécimen de Robinsoniana, ou quelque horreur de ce genre. C’est la triste vérité. Nous avons perdu la