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Page:Wilde - Le portrait de Dorian Gray (trad. Jaloux), 1928.djvu/336

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— En effet, dit-il avec un sourire, je vois le jardinier, posté pour vous attendre. Sans doute veut-il vous demander quelles fleurs vous désirez ce soir pour la table. Que vous êtes donc ridiculement nerveux, mon cher ami ! Il faudra que je vous mène voir mon docteur, dès notre retour à Londres.

Dorian poussa un soupir de soulagement en voyant venir le jardinier. L’homme mit la main à son chapeau, regarda quelque temps lord Henry d’un air d’hésitation, puis se décida à tirer une lettre qu’il tendit à son maître.

— Sa Grâce m’a dit d’attendre la réponse, murmura-t-il.

Dorian mit la lettre dans sa poche.

— Informez Sa Grâce que je rentre, dit-il froidement.

L’homme fit demi-tour et s’empressa de remonter vers la maison.

— Quelle rage ont les femmes de faire des choses dangereuses ! remarqua en riant lord Henry. C’est une des qualités que j’admire le plus en elles. Une femme flirtera avec le premier venu, pourvu qu’elle sente les regards sur elle.

— Et vous, Harry, quelle rage vous avez de dire des choses dangereuses ! Cette fois, vous faites fausse route. J’ai beaucoup d’estime pour la duchesse, mais point d’amour.

— Comme la duchesse a pour vous beaucoup d’amour et moins d’estime, vous voilà parfaitement assortis.

— C’est pure médisance, Harry ! Et la médisance manque toujours de fondement.