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Page:Wilde - Le portrait de Dorian Gray (trad. Jaloux), 1928.djvu/337

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— Le fondement de toute médisance est une inconvenante certitude ! répliqua lord Henry, allumant une cigarette.

— Qui ne sacrifieriez-vous au plaisir d’une épigramme, Harry ?

— Le monde ne demande pas mieux que de marcher à l’autel, répondit-il.

— Je voudrais bien pouvoir aimer ! s’écria Dorian, d’une voix où tremblait une profonde émotion. Mais il semble que j’aie perdu toute passion et oublié tout désir. Je vis trop concentré en moi-même. Ma personne m’est devenue un fardeau. Je voudrais m’échapper, partir, oublier. Quelle sotte idée d’être venu ici ! J’ai bien envie de télégraphier à Harvey de préparer le yacht. Sur un yacht, on est à l’abri.

— À l’abri de quoi, Dorian ? Vous avez quelque tourment. Pourquoi ne pas me le confier ? Je vous serais un appui, vous le savez bien.

— Je ne puis vous dire, Harry, répondit la voix triste. Je crois d’ailleurs que ce n’est qu’un caprice de mon imagination. Ce pénible accident m’a bouleversé. J’ai l’affreux pressentiment qu’il pourrait bien m’arriver quelque chose dans le même genre.

— Mais c’est absurde !

— Je veux l’espérer. Pourtant, je ne puis me défendre de cette impression. Ah ! voici la duchesse. On dirait Artémis en costume tailleur. Vous voyez, Duchesse, nous voilà revenus !

— On m’a tout raconté, Monsieur Gray, répondit-elle. Ce pauvre Geoffrey est terriblement bouleversé.