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Page:Wilde - Le portrait de Dorian Gray (trad. Jaloux), 1928.djvu/338

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Et vous lui aviez demandé, paraît-il, de ne pas tirer sur ce lièvre. Est-ce curieux !

— Oui, tout à fait curieux. J’ignore ce qui me fit le prier ainsi. Un pur caprice, sans doute. C’était la plus jolie petite bête qu’on pût voir. Mais je suis désolé qu’on vous ait parlé de cet accident. C’est un sujet atroce.

— Simplement un sujet ennuyeux, intervint lord Henry, un sujet dépourvu de toute valeur psychologique. À la bonne heure, si Geoffrey l’avait fait exprès. Combien alors il serait intéressant ! J’aimerais connaître quelqu’un qui eût commis un vrai meurtre.

— Vous êtes odieux, Harry ! protesta la duchesse. N’est-ce pas, monsieur Gray ? Harry, M. Gray se trouve encore mal. Le voilà qui s’évanouit.

Dorian se redressa avec effort et sourit.

— Ce n’est rien, duchesse, murmura-t-il. J’ai les nerfs dans un état abominable. Voilà tout. Peut-être ai-je trop marché ce matin. Je n’ai pas entendu ce qu’a dit lord Henry. Était-ce très mal ? Vous me conterez cela un autre jour. Je crois qu’il faut que j’aille m’étendre un peu. Vous voudrez bien m’excuser, n’est-ce pas ?

Ils étaient au pied du grand escalier qui menait de la serre à la terrasse. Quand la porte vitrée se fut refermée sur Dorian, lord Henry, tournant vers la duchesse ses yeux langoureux, demanda :

— Êtes-vous sérieusement éprise de lui ?

Elle resta quelque temps sans répondre, contemplant le paysage.

— Je voudrais bien le savoir moi-même ! fit-elle enfin. Il secoua la tête.