devenue un odieux, un insupportable fardeau. Dans l’affreux trépas du pauvre rabatteur, tué d’un coup de feu, en plein taillis, comme une bête fauve, il avait cru voir l’image prophétique de sa propre mort. Peu s’en était fallut qu’il ne s’évanouît, quand lord Henry avait, en plaisantant, lancé sa boutade cynique.
À cinq heures, il sonna son domestique et lui commanda de faire les malles pour rentrer à Londres, par l’express de nuit. Le coupé aurait à l’attendre à huit heures et demie. Il était bien résolu à ne pas dormir une nuit de plus à Selby Royal. C’était un lieu de mauvais augure. La Mort s’y promenait en plein jour. L’herbe de la forêt était souillée de sang.
Il griffonna un billet à l’adresse de lord Henry, l’avertissant qu’il s’en allait consulter son docteur, et le priant de veiller en son absence au plaisir de ses invités. Comme il le mettait sous enveloppe, on frappa à la porte. Son valet venait l’informer que le garde-chasse demandait à le voir. Il fronça les sourcils et se mordit la lèvre. « Envoyez-le-moi », murmura-t-il, après une courte hésitation.
Dès que l’homme entra, Dorian prit dans un tiroir son carnet de chèques et l’étala sur la table.
— Vous venez, sans doute, à propos du lamentable accident de ce matin, Thornton ? dit-il, le porte-plume aux doigts.
— Oui, monsieur, répondit le garde.
— Le pauvre garçon était-il marié ? Avait-il quelque charge de famille ? interrogea Dorian, l’air excédé. En ce cas, je ne voudrais pas laisser les siens dans le