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Page:Wilde - Le portrait de Dorian Gray (trad. Jaloux), 1928.djvu/346

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— Non, Harry. J’ai dans ma vie trop d’horribles méfaits. Je n’en veux plus commettre. J’ai commencé mes bonnes actions, hier.

— Où étiez-vous, hier ?

— À la campagne, Harry, retiré dans une petite auberge.

— Mais, mon cher, fit lord Henry souriant, qui ne serait vertueux à la campagne ? On n’y rencontre aucune tentation. C’est pour cela que les gens qui vivent loin des villes n’ont rien de civilisé. La civilisation n’est point, tant s’en faut, d’accès facile. L’homme n’a que deux moyens d’y atteindre : la haute culture et la corruption. Faute d’avoir l’une ni l’autre à leur portée, les campagnards croupissent.

— Culture et corruption ! répéta Dorian. Les deux m’ont été quelque peu familières. Je trouve épouvantable aujourd’hui qu’il faille les trouver toujours accouplées. Car j’ai un nouvel idéal, Harry. Je vais changer de vie. Je crois avoir un peu changé déjà.

— Vous ne m’avez pas encore dit quelle a été votre bonne action. Je crois même qu’il s’agissait de plusieurs ! rappela lord Henry, cependant qu’il renversait dans son assiette une petite pyramide de fraises cramoisies et grenues, sur lesquelles, d’une cuiller à conque tamisée, il fit neiger du sucre blanc.

— À vous, Harry, je peux la confier, mais à nul autre je ne parlerais de cette histoire. J’ai épargné une jeune fille. Cela paraît fat, mais vous comprenez le sens de mes paroles. Elle était idéalement belle et ressemblait d’étrange façon à Sibyl Vane. Ce fut là, je crois,