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Page:Wilde - Le portrait de Dorian Gray (trad. Jaloux), 1928.djvu/351

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— Que diriez-vous, Harry, si je vous assurais que j’ai assassiné Basil ? lança Dorian. Et ses yeux, fixement, observèrent son ami.

— Je penserais, mon cher, que vous prenez une pose qui ne vous va pas. Tout crime est vulgaire, de même que toute vulgarité est criminelle. Ce n’est pas vous qui commettrez jamais un crime, Dorian. Tant pis si mes paroles blessent votre vanité, mais je vous assure que j’ai raison. Le crime est l’apanage des plus basses classes. Je ne les en blâme pas le moins du monde. J’imagine que le crime est pour elles ce que l’art est pour nous : une manière, tout simplement, de se donner des sensations rares.

— Une manière de se donner des sensations ! Croyez-vous donc qu’un homme qui aurait commis un meurtre, serait capable de le recommencer ? Ne venez pas me dire cela !

— Bah ! déclara lord Henry, dans un éclat de rire, tout devient plaisir, dès qu’on le fait trop souvent. C’est un des secrets les plus importants de la vie. Toutefois, je croirais assez que le meurtre est toujours une sottise. On ne devrait jamais rien faire qu’on ne puisse conter après dîner. Mais laissons là ce pauvre Basil. Je serais ravi de pouvoir lui prêter la belle fin romantique que vous suggérez, mais je n’y arrive pas. J’imagine plutôt qu’il sera tombé dans la Seine du haut d’un omnibus, et que le conducteur aura étouffé le scandale. Oui, c’est ainsi qu’il a du mourir. Je le vois très bien flottant sur le dos dans les eaux mornes et verdâtres, cependant qu’au-dessus de son corps passent les lourds chalands et que