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Page:Wilde - Le portrait de Dorian Gray (trad. Jaloux), 1928.djvu/362

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Il se rappela quel plaisir il ressentait autrefois, quand les gens le désignaient d’un geste, le couvaient d’un regard, ou s’entretenaient de lui. Il était las maintenant d’entendre son nom. La moitié du charme du petit village où il était tant de fois allé ces derniers temps, venait de ce que personne ne l’y connaissait. À la jeune fille qu’il avait séduite, il s’était plu à répéter qu’il était pauvre et elle l’avait cru. Il lui avait dit, un jour, qu’il était méchant ; elle n’avait fait qu’en rire, déclarant que les méchants étaient toujours très vieux et très laids. Oh ! ce rire clair de Hetty ! C’était à croire qu’une grive chantait. Et qu’elle était jolie, avec ses robes de cotonnade et ses larges chapeaux ! Certes, absolument ignorante, mais riche de tout ce qu’il avait perdu.

Quand il arriva chez lui, il trouva son domestique qui l’attendait. Il l’envoya se coucher, se jeta sur le sofa de la bibliothèque, et se prit à songer aux propos de lord Henry.

Était-il vrai qu’il fût impossible de changer de vie ? Un ardent désir le ramenait vers la pureté sans tache de son enfance — — son enfance couronnée de roses blanches, comme lord Henry l’avait un jour dépeinte. Oui, sans doute, il s’était couvert de souillures, il avait rempli son esprit d’immondices, il avait jeté l’horreur en pâture à son imagination. Il avait exercé autour de lui une pernicieuse influence, prenant à jouer ce rôle une exécrable joie. Et de tant de vies qui avaient croisé la sienne, c’étaient les plus belles et les plus riches de promesses qu’il avait entraînées à l’ignominie. Mais tout ce