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Page:Wilde - Le portrait de Dorian Gray (trad. Jaloux), 1928.djvu/364

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N’eût été ce double privilège, peut-être sa vie fût-elle demeurée sans tache. La beauté n’avait été pour lui qu’un masque ; sa jeunesse, qu’une dérision. Et qu’était-ce que la jeunesse, vue sous le meilleur jour ? Une saison verte, sans maturité, la saison des humeurs capricieuses et des pensers languissants. Pourquoi en avait-il revêtu la livrée ? La jeunesse l’avait perdu.

Mais ne valait-il pas mieux laisser là le passé ? Nul n’y peut rien changer. Que ne songeait-il plutôt à lui-même et à l’avenir ! James Vane était enfoui dans une tombe anonyme du cimetière de Selby. Alan Campbell s’était tué, une nuit, dans son laboratoire, mais sans avoir rien révélé du secret qu’il lui avait fallu connaître. Le très vif émoi causé par la disparition de Basil Hallward ne tarderait pas à se calmer. Déjà il allait s’affaiblissant. De là, non plus, absolument rien à craindre. En vérité, ce n’était point la mort de Basil Hallward qui troublait le plus sa pensée. Non, c’était la mort vivante de son âme. Basil avait peint le portrait qui avait gâté sa vie entière. Il ne pouvait le lui pardonner. C’était ce portrait qui avait causé tout le mal. Basil avait eu beau lui faire d’intolérables remontrances, il avait tout supporté patiemment. S’il l’avait assassiné, c’était dans un moment de folie. Pour Alan Campbell, son suicide avait été spontané, librement choisi. Il en était innocent.

Une vie nouvelle ! Cela seul lui importait maintenant. Il l’appelait de tous ses vœux. Sûrement il y était entré déjà. Ne venait-il pas d’épargner une créature candide ? Jamais plus il ne chercherait à séduire l’innocence. Il voulait être bon.