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Page:Wilde - Le portrait de Dorian Gray (trad. Jaloux), 1928.djvu/365

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À cette pensée de Hetty Merton, il se demanda tout à coup si là-haut, dans la chambre mystérieuse, le portrait n’aurait pas un peu changé. Assurément il ne devait plus être aussi horrible. Qui sait si, par une vie pure, il ne serait pas possible de le délivrer complètement du masque des passions mauvaises ? Quelques signes, déjà, n’auraient-ils pas disparu ? Il voulut aller voir.

Il prit la lampe sur la table et, sans bruit, gravit l’escalier. Comme il enlevait les barres qui condamnaient la porte, un sourire joyeux vint éclairer la jeunesse magique de son visage et se jouer un instant sur ses lèvres. Oui, il serait vertueux, et l’horrible toile qu’il avait dû cacher n’aurait plus rien qui inspirât la terreur. Déjà il se sentait délivré de ce cauchemar.

Il entra doucement, s’enferma, comme il faisait d’habitude, et écarta la tenture de pourpre qui masquait le portrait. Un cri de douleur et de rage lui échappa. Aucun changement n’était visible, si ce n’est dans les yeux une expression nouvelle de ruse, et près de la bouche, la ride tourmentée de l’hypocrisie. C’était le même objet repoussant, devenu, si possible, plus repoussant encore. La tache écarlate qui souillait la main semblait briller davantage et mieux figurer un sang frais répandu. Alors, il se mit à trembler. Eh quoi ! N’était-ce donc que par vanité qu’il avait fait sa bonne action ? Ou bien par besoin de sensations nouvelles, comme l’avait insinué lord Henry, avec un rire moqueur ? Ou bien encore avait-il simplement obéi à cette passion de jouer un personnage, qui nous élève parfois au-dessus de