qui maintenant vibrait et palpitait d’étranges frémissements.
La musique l’avait remué de cette même façon. La musique l’avait troublé, mainte fois. Seulement la musique était inarticulée. Ce n’était pas un nouveau monde, mais plutôt un second chaos qu’elle créait en nous. Mais les mots, les simples mots ! Qu’ils étaient redoutables ! Qu’ils étaient clairs, aigus et cruels ! On ne pouvait leur échapper. Et d’autre part, ils étaient pleins d’une subtile magie. Ils semblaient à leur gré donner même à l’informe une forme plastique, jouir en propre d’une musique aussi douce que celle de la viole ou du luth ! Les simples mots ! Était-il rien au monde d’aussi réel ?
Oui, certaines heures de son enfance lui étaient restées longtemps incompréhensibles. Il les comprenait maintenant. Tout à coup, la vie prenait à ses yeux des splendeurs embrasées. À travers quelles flammes il avait marché ! Et comment n’en avait-il pas eu conscience ?
Avec un fin sourire, lord Henry l’observait. Il connaissait à merveille ces moments psychologiques où il faut faire silence. Il se sentait vivement intéressé. Surpris de l’impression soudaine qu’avaient produite ses paroles, et se rappelant comment une lecture lui avait, à seize ans, révélé tout un monde de choses ignorées, il se demandait si Dorian ne traversait pas, à cette même minute, une épreuve semblable. Il avait innocemment lancé une flèche en l’air. Aurait-elle touché le but ? En vérité, ce jeune homme était fascinant !