mouvements rythmés s’ajoutaient comme une musique à ses paroles : on eût dit qu’elles avaient leur langage. Pourtant Dorian avait peur de lui, et honte d’avoir peur. Il avait donc fallu qu’un étranger vînt le révéler à lui-même ? Depuis des mois il fréquentait Basil Hallward, sans que cette amitié eût rien changé en lui. Puis soudain, quelqu’un avait croisé sa route et d’un mot lui avait découvert le mystère de la vie. Mais, après tout, de quoi s’effrayait-il ? S’il eût été collégien ou fillette, à la bonne heure ! Ses craintes étaient ridicules.
— Allons nous asseoir à l’ombre, proposa lord Henry. Parker vient de servir les rafraîchissements. D’ailleurs, si vous restez exposé à ce soleil de feu, il gâtera votre visage et Basil ne voudra plus vous peindre. Non, vous n’avez pas le droit de vous laisser brunir. Ce ne serait pas joli !
— Eh ! qu’importe ? s’exclama gaiement Dorian Gray, en prenant place sur le banc, tout au fond du jardin.
— Il importe beaucoup pour vous, monsieur Gray.
— Pourquoi ?
— Parce que vous possédez la plus merveilleuse jeunesse, et que la jeunesse est le seul bien digne d’envie.
— Je n’ai pas cette impression.
— Non, vous n’avez pas cette impression pour le moment. Mais un jour viendra où vous serez vieux, laid, décrépit, où la pensée aura labouré votre front de ses sillons arides, et la passion flétri vos lèvres de ses odieux tisons ; ce jour-là vous l’aurez cette impression,