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Page:Wilde - Le portrait de Dorian Gray (trad. Jaloux), 1928.djvu/72

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— Margaret Devereux était l’une des plus ravissantes créatures que j’aie vues de ma vie, Harry. Quel motif put bien l’amener à se conduire comme elle le fit, je n’ai jamais pu le comprendre. Elle n’avait, pour se marier, que l’embarras du choix. Carlington l’aimait à la folie. Elle était assez romanesque, comme toutes les femmes dans cette famille. Les hommes y étaient bien insignifiants, mais les femmes, morbleu, de pures merveilles ! Carlington se traîna à ses genoux. Il me l’a conté lui-même. Elle ne fit qu’en rire. Et pourtant tout ce qu’il y avait de jeunes filles à Londres couraient alors après lui. À propos de sots mariages, Harry, qu’est-ce que me raconte votre père : que Dartmoor veut épouser une Américaine ? Ne trouverait-il plus nos jeunes Anglaises assez bien pour lui ?

— Les mariages américains sont, en ce moment, très à la mode, oncle Georges.

— Je soutiendrai les femmes anglaises contre l’univers, Harry, dit lord Fermor, frappant la table du poing.

— Les Américaines ont la cote.

— Elles ne durent pas, m’a-t-on dit, murmura l’oncle.

— La course de fond les fatigue, mais elles n’ont pas leurs pareilles pour le steeple-chase. Elles attrapent tout au vol. Je ne crois pas que Dartmoor ait des chances sérieuses.

— Que font ses parents ? grommela le vieux gentleman. Qui sait même si elle en a ?

Lord Henry secoua la tête :