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Page:Wilde - Le portrait de Dorian Gray (trad. Jaloux), 1928.djvu/78

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— Quelle abomination ! s’écria lady Agatha. En vérité, quelqu’un devrait s’interposer.

— Je sais de la meilleure source, fit sir Thomas Burdon méprisant, que son père tient un magasin de tissus américains.

— Mon oncle a déjà suggéré qu’il s’agissait de conserves de porc, sir Thomas.

— Des tissus américains ! Mais qu’est-ce que ces gens-là peuvent bien tisser ? interrogea la duchesse, d’un ton de surprise marquée, deux larges mains levées au ciel.

— Ils tissent d’interminables romans, répondit lord Henry, tout en se servant un morceau de caille.

La duchesse parut déconcertée.

— Ne vous tourmentez pas, ma chère, lui glissa lady Agatha. Mon neveu ne prend jamais rien de ce qu’il dit au sérieux.

— Quand fut découverte l’Amérique, commença une voix.

C’était le membre Radical qui se lançait dans un cours d’histoire. Comme tous ceux qui veulent épuiser un sujet, il épuisa la patience de ses auditeurs. La duchesse, poussant un soupir et exerçant son droit reconnu d’interruption, s’écria :

— Plût au ciel qu’elle n’eût jamais été découverte ! Les chances de nos filles sont aujourd’hui fort réduites. C’est souverainement injuste !

— Peut-être, après tout, l’Amérique n’a-t-elle jamais été découverte, insinua M. Erskine. Pour ma part je croirais assez que nous sommes simplement sur sa piste.

— Oh ! pardon ! répondit la duchesse, perplexe. J’ai