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Page:Wilde - Le portrait de Dorian Gray (trad. Jaloux), 1928.djvu/83

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secrets de la vie. Aujourd’hui la plupart des gens se consument dans je ne sais quelle sagesse terre à terre et découvrent, quand il n’en est plus temps, que les folies sont les seules choses qu’on ne regrette jamais.

Un rire courut parmi les convives.

Il jouait avec l’idée, s’échauffait peu à peu. Il l’agitait au vent, déployait ses aspects divers ; la laissait s’échapper, mais pour la reprendre ; la colorait de tous les feux de la fantaisie, lui prêtait les ailes du paradoxe. L’éloge de la folie, à mesure qu’il parlait, atteignait les hauteurs de la philosophie, et la Philosophie elle-même devenait jeune. Prise à la musique folle du Plaisir, dans l’envol d’une robe teinte du jus des grappes et le front ceint de lierre, on pouvait l’imaginer dansant, comme une bacchante, au clair sommet des collines de la vie, et reprochant au lent Silène sa sobriété. Les Faits fuyaient devant elle, comme les hôtes effarés d’une forêt. Dans le vaste pressoir où trône le sage Omar, ses pieds blancs foulaient les grappes, dont le jus déferlait en vagues rouges et bouillonnantes contre ses jambes nues, et se brisait en écume de feu contre les flancs noirs, trempés et glissants de la cuve. C’était une extraordinaire improvisation. Lord Henry sentait les regards de Dorian Gray posés sur lui, et cette pensée, qu’au nombre de ses auditeurs se trouvait l’adolescent dont il rêvait de séduire l’âme ardente, semblait aviver son esprit, colorer son imagination. Il fut éblouissant, prestigieux, irrésistible. Les auditeurs, hors d’eux-mêmes, suivaient en riant la flûte de l’enchanteur. Pas un instant Dorian Gray ne le quitta des yeux. Il était là, comme hypnotisé. Les