imagination. Elles ne sortent pas de leur siècle. Aucune magie ne les transfigure. Il est aussi aisé de connaître leur âme que leur coiffure. Rien en elles qu’on ne puisse pénétrer. Pas une qui soit mystérieuse. Le matin, elles montent à cheval au Parc ; l’après-midi, courent les thés et babillent. Toutes, elles ont le même sourire stéréotypé et les belles manières du jour. Elles sont claires et banales. Mais les actrices ! Oh ! combien les actrices sont différentes ! Que ne m’aviez-vous dit, Harry, qu’une seule femme, l’actrice, méritait d’être aimée ?
— C’est que j’en ai tant aimées, Dorian !
— Oui, mais d’une odieuse espèce, aux cheveux teints, aux traits fardés.
— Ne décriez pas trop les cheveux teints et les traits fardés. Ils ont parfois un bien grand charme, dit lord Henry.
— Je regrette à présent de vous avoir parlé de Sibyl Vane.
— Mais vous ne pouviez éviter de m’en parler, Dorian. Toute la vie, vous me conterez par le menu vos faits et gestes.
— Je crois que vous avez raison, Harry. Je ne puis rien vous taire. Vous exercez sur moi une curieuse influence. Si jamais je commettais un crime, je viendrais tout droit vous le confesser. Et vous sauriez me comprendre.
— Indomptables rayons du soleil de la vie, vos semblables, Dorian, ne commettent point de crimes. Je vous suis fort obligé, néanmoins, du compliment. Et