Page:Wilson - Voyage autour du monde, 1923.djvu/318

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atteignit son plus haut degré. À cette époque vivait un prince mahratte, Nana-Sahib, qui se disait ami des Anglais et leur donnait en toutes occasions des preuves de sa sincérité quand, dans les premiers jours de juin, les Cipayes de la garnison et un régiment irrégulier de l’Oudh se mutinèrent et égorgèrent leurs officiers anglais.

Trois cents soldats, commandés par sir Hugh Wheeler, constituaient la seule force à opposer aux mutins ; ce faible contingent avait à protéger huit cent cinquante hommes, femmes et enfants de négociants, employés, cultivateurs et planteurs qui s’étaient réfugiés en dedans des murs. Nana-Sahib offrit ses services qui furent acceptés avec un empressement d’autant plus vif que la situation était désespérée. C’était un guet-apens. À peine eut-il été chargé, par le commandant, de la garde de l’arsenal, qu’il s’empara des armes et des munitions, passa du côté des rebelles, se mit à leur tête et attaqua, le 7 juin, les retranchements de la colonie.

Le général Wheeler tint bon vingt jours durant ; mais, voyant ses héroïques soldats tomber les uns après les autres, victimes des insolations, du choléra, de la fièvre, et des balles du traître Nana-Sahib, au point qu’il n’en restait plus que la moitié, il se résigna à capituler en exigeant la vie sauve pour les Européens.

Cette nouvelle marque de confiance dans la parole de Nana-Sahib devait lui coûter bien cher. Nana-Sahib ordonna de transporter par le Gange sur vingt-quatre bateaux les cinq cents prisonniers, hommes, femmes et enfants, à Allahabad, à cent quatre-vingts milles de Cawnpore. Malgré sa première trahison, ces bonnes gens croyaient encore à l’honnêteté du traître. À peine étaient-ils embarqués, que Nana grimpa sur le toit d’un petit temple du ghat, dénommé depuis le Sutti-Chowra-ghat, — le grand escalier des funérailles — et donna le signal du massacre. Les bateliers mirent le feu aux embarcations, et des batteries masquées firent feu du rivage. Les bateliers se sauvèrent à la nage. Tous périrent brûlés, noyés ou percés de balles, à l’exception de quatre, dont