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LA VIE ET LES TRAVAUX DE WURTZ

teinturerie, alors dans l’enfance, aujourd’hui dirigées par M. Steinheil, ancien député de l’Alsace à l’Assemblée nationale de Bordeaux, ami et parent de Wurtz, les mines et les forges peu éloignées de Framont, offraient l’occasion d’observations intéressantes. Ces souvenirs étaient de ceux qu’il aimait le plus à rappeler.

Ad. Wurtz quitta le Gymnase protestant en 1831, ayant été reçu bachelier ès lettres. Il semblait alors qu’il dût, comme bon nombre de ses condisciples, se faire inscrire au séminaire protestant, école préparatoire qui conduit aux études en théologie. C’était évidemment le vœu de son père. Mais Wurtz avait été déjà mordu par le démon de la science. Il fut sans doute encouragé dans sa vocation par un goût pareil qui était né chez son ami et condisciple Émile Kopp, autre fils de pasteur, devenu depuis un chimiste distingué, qui professa d’abord à Strasbourg, puis, à la suite du coup d’État, à Zurich, où il s’occupa surtout de chimie industrielle, et qui fut aussi l’un des collaborateurs de son ami dans la rédaction du Dictionnaire de chimie.

Wurtz se livrait depuis quelque temps, dans la buanderie dont était pourvue la cure paternelle, comme l’était alors toute bonne maison alsacienne, des expériences de physique et de chimie, répétition de celles qu’il avait vu faire à ses professeurs. Ces expériences, la mère les tolérait de la part de son fils préféré, le père les voyait de mauvais œil, car elles coûtaient beaucoup de temps et d’argent. Il faisait même démolir parfois par son sacristain les petits fourneaux de briques que le futur chimiste s’était ingénié à construire.

Aussi lorsque, sa passion grandissant de plus en plus et devenant consciente d’elle-même, Wurtz déclara qu’il voulait se vouer à la chimie, le sacristain de l’église Saint-Pierre-le-Jeune, familier de la maison et ne voyant rien au-dessus de la vocation pastorale, s’exclama-t-il : « Le père et moi, nous avions dit depuis longtemps que, de toute cette cuisine, il ne sortirait rien de bon ! »

M. Wurtz père partageait la répulsion de son subordonné pour la chimie : on comprend aisément qu’un père de famille craignît de voir son fils s’engager dans une carrière alors si nouvelle et si peu dessinée. Il s’opposa aux projets du sien et exigea qu’à défaut de la théologie il étudiât la médecine. C’était là une profession régulière, dans laquelle d’ailleurs on pensait qu’Adolphe pourrait avoir l’appui et les directions du docteur Schneiter, parent et ami de la famille, et praticien très aimé à Strasbourg.

Les études en médecine avaient cet avantage pour Wurtz, qu’il pouvait, en les poursuivant, se livrer à son goût dominant : il avait à suivre des cours de chimie, un laboratoire allait lui être ouvert.

Bientôt il devint, à la suite de concours, d’abord aide-préparateur (1835), puis préparateur en titre de chimie, de pharmacie et de physique. En 1839, un nouveau concours, dans lequel il soutint une thèse sur l’Histoire de la bile à l’état sain et à l’état pathologique,