Page:Xénophon - Œuvres complètes, éd. Talbot, tome 1.djvu/406

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en été. Arrivé à la bauge, le chien aboie, mais le sanglier ne veut pas d’ordinaire se débucher[1]. On rappelle alors le chien pour le remettre en laisse avec les autres à une certaine distance de la bauge ; puis on tend les filets sur les foulures de la bête, en jetant les mailles sur les branches fourchues du bois. Puis, prolongeant le filet de manière à faire poche, on placera dans l’intérieur des branches qui serviront de support, de manière que le jour donne à plein dans la poche au travers des mailles, afin que la bête qui accourt voie nettement à l’intérieur. Le tirant s’attache à un gros arbre et non point aux broussailles, qui abondent dans les terrains incultes. De chaque côté on bouche avec du bois les passées, même difficiles, afin que le sanglier en courant se jette d’emblée dans les filets.

Quand ils sont tendus, on rejoint les chiens, on les découple tous, on prend les javelots et les épieux, et l’on s’avance. On met à la tête des chiens un veneur d’expérience, et les autres suivent en ordre, à de grands intervalles, pour laisser au sanglier un passage suffisant : car si, en débuchant, il trouvait une troupe serrée, on courrait risque d’être blessé ; c’est sur le premier qu’il rencontre que tombe toute sa fureur.

Lorsque les chiens sont près de la bauge, ils foncent : le sanglier s’étonne, se dresse, fait sauter en l’air le premier chien qui se jette sur son groin, s’élance et tombe dans les filets ; s’il n’y tombe pas, il faut le poursuivre. Si le lieu où le filet l’arrête est déclive, il se porte en avant ; s’il est uni, il s’arrête court, et regarde autour de lui.

Sur ce point, les chiens le serrent ; et les chasseurs doivent être sur leurs gardes, en lui lançant des javelots et en le chargeant avec des pierres : il faut qu’ils l’investissent par derrière et d’assez loin, jusqu’à ce qu’il pousse en avant et tende le tirant passé dans les bords du filet. Alors un des veneurs qui se trouvent là présents, le plus expérimenté et le plus fort, le frappe de front avec son épieu. S’il se refuse, malgré les javelots et les pierres, à tendre le tirant du filet, et s’il revient contre son agresseur en tournant autour de lui, il faut alors s’avancer, l’épieu en main, et se tenir ferme, la main gauche en avant, la droite en arrière ; car c’est la gauche qui dirige le

  1. Cf. Du Fouilloux : « Communément les sangliers se font abboyer aux chiens en leur bauge, ou au partir d’icelle, et font plustost leurs demeures dedans les bois forts d’espines et ronces qu’ailleurs. Et quand ils sont chassez des chiens, ils fuyent le fort pays et couuert, ne se voulant desbucher de leur fort, qu’ils ne sentent la nuict approcher. »