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Page:Yver Grand mere.djvu/71

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LE GRAND HENRI

invité pour le café, le dimanche suivant, car il devait venir chercher Louis pour se rendre avec lui au terrain de Meudon. En partant, il retint un moment appréciable la petite main de cousette qu’avait Sabine, dans sa robuste paume d’athlète. Lorsqu’il fut dans l’escalier, Sabine éprouva que quelque chose d’elle-même s’en allait avec lui…

Que ce dimanche lui semblait lointain ! Enfin ce délai lui accordait le temps nécessaire pour confectionner une certaine blouse d’organdi dont elle rêvait. À la mercerie, Mamy ne refuserait pas de l’aider. Elle était une jolie brunette de dix-sept ans maintenant, au teint un peu mat dont la mousseline blanche ferait ressortir le doré.

— Qu’y a-t-il donc dimanche ? demandait la mercière en la voyant coudre avec tant de fièvre la blouse désirée.

— Bah ! c’est un délai que je me suis fixé à moi-même pour en finir plus vite.

Le grand Henri devait être essentiellement ponctuel. On ne sut comment il s’arrangea pour frapper à la porte, au jour dit, juste après les cerises, immédiatement avant le café. Ni trop tôt, ni trop tard. Il portait, par-dessus son maillot de foot-ball, un cuir fauve très élégant et avait en mains des fleurs enveloppées d’un papier translucide qui laissait apercevoir de lourds flocons couleur chair : œillets ou roses. Le cœur de Sabine battit. Mais le garçon, parfaitement correct, les offrit à Marie Cervier. Néanmoins, Sabine s’aperçut qu’en les présentant à sa mère, c’était elle qu’il regardait.

À table, il reprit sa place de l’autre jour, entre Louis et Sabine. Celle-ci se demandait sérieusement : « Est-ce qu’il trouve ma blouse d’organdi jolie ?» La vérité, c’est qu’aujourd’hui le jeune homme paraissait terriblement intimidé. Sa main vacillait un peu en soutenant la tasse de café. Il demanda cependant à Sabine si elle aimait se promener, si elle sortait beaucoup. Elle répondit qu’elle ne bougeait guère, passant ses journées chez sa grand’mère, Mme Leriche, mercière dans la rue des Quatre-Frères, non loin de l’avenue Émile-Zola. Qu’elle se plaisait là. Qu’elle aimait le com-