Page:Zola - Les Mystères de Marseille, Charpentier, 1885.djvu/234

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« Mais mon bon, lui répondit-il, rien n’est plus facile. D’où sortez-vous donc ? Tout le monde connaît le baccarat... Tenez, asseyez-vous... Mettez votre mise sur ce tableau ou sur l’autre, dans l’un de ces carrés entourés d’une bande ronge... Vous voyez, le banquier se sert de deux jeux de couleurs différentes et de cinquante-deux cartes chacun ; il donne deux cartes à chaque tableau, et s’en donne deux à lui-même. Les dix et les figures ne comptent pas, le plus haut point est neuf, et il faut tâcher d’approcher le plus près possible de ce point... Si vous avez plus que le banquier, vous gagnez ; si vous avez moins que lui, vous perdez... Voilà tout.

– Mais, dit Marius, je vois certains joueurs demander une carte.

– Oui, ajouta Sauvaire, on a la faculté d’échanger une carte pour arranger son jeu... Souvent on le dérange... Je vous conseille de toujours vous tenir à six ; c’est un joli point. »

Marius s’assit devant la table.

« Vous ne jouez pas ? demanda-t-il encore à Sauvaire.

– Ma foi non, répondit le maître portefaix, j’aime mieux rire avec Clairon. »

Et il alla rôder autour de la petite brune. La vérité était qu’il ne se souciait pas de risquer son argent. Il trouvait le jeu dévorant. Pour lui, les émotions du gain et de la perte étaient trop rapides : il aimait les joies solides et durables.

Le banquier battait les cartes.

« Faites votre jeu, messieurs », dit-il.

Marius posa, en frissonnant, cinquante francs sur le tapis. Il avait décidé qu’il jouerait ses cent francs en deux coups.

Des lueurs rouges passaient devant ses yeux ; il entendait en lui une sorte de grondement qui l’étourdissait ; ses oreilles tintaient et sa vue devenait trouble. Ses sensations étaient si violentes qu’elles lui arrêtaient le cœur.

« Rien ne va plus ! » dit le banquier.