Page:Zola - Les Mystères de Marseille, Charpentier, 1885.djvu/236

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sommes d’argent étalées sur une table de jeu le réjouissait, lorsqu’il ne courait pas le risque de perdre. Clairon et Isnarde l’avaient suivi et s’appuyaient familièrement sur le dossier du siège de Marius. Elles se penchaient vers le jeune homme, elles lui souriaient, le caressaient du regard. Pareilles à des oiseaux de proie, elles étaient accourues à l’odeur de l’or.

Cinq heures sonnèrent. Un jour blafard entrait par les croisées. Les joueurs s’en étaient allés un à un, Marius finit par se trouver seul. Il avait dix mille francs de gain devant lui.

Le jeune homme serait resté devant la table de jeu jusqu’au soir, jusqu’au lendemain, sans en avoir conscience, sans se plaindre de la fatigue qui l’accablait. Pendant plus de cinq heures, il avait joué machinalement, n’ayant qu’une idée dans la tête, celle de gagner, de gagner toujours. Il aurait voulu en finir d’un seul coup, gagner en une nuit la somme qui lui était nécessaire, et ne plus remettre les pieds dans le tripot.

Lorsqu’il se trouva seul devant la table, abruti, aveuglé, le corps brisé par l’émotion et la lassitude, il fut désespéré, il chercha quelqu’un du regard pour jouer encore. Il venait de compter la somme qu’il avait gagnée, et il savait qu’elle se montait à dix mille francs seulement.

Il lui fallait cinq autres mille francs. Il aurait donné tout au monde pour que le jour ne fût pas venu. Peut-être alors aurait-il eu le temps de compléter la rançon de Philippe. Et il était là, regardant ses pièces d’or, les mettant lentement dans sa poche, pliant un à un les billets de banque, cherchant dans la salle un joueur attardé.

Il y avait à une petite table, près de lui, un homme qui avait regardé jouer toute la nuit sans jouer lui-même. Quand il avait vu que Marius gagnait, il s’était rapproché de lui et ne l’avait plus quitté du regard. Il semblait attendre. Il laissa les joueurs s’en aller un à un, couvant le jeune homme des yeux, étudiant la fièvre