Page:Zola - Naïs Micoulin, 1884.djvu/153

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ment défaites ; mais il y a du linge dans la commode, n’est-ce pas ?

Je l’entendis ouvrir la commode. Elle dut prendre une serviette, qu’elle vint étendre sur la table de nuit. Ensuite, elle frotta une allumette, ce qui me fit penser qu’elle allumait près de moi une des bougies de la cheminée, en guise de cierge. Je suivais chacun de ses mouvements dans la chambre, je me rendais compte de ses moindres actions.

— Ce pauvre monsieur ! murmura-t-elle. Heureusement que je vous ai entendue crier, ma chère.

Et, tout d’un coup, la lueur vague que je voyais encore de mon œil gauche, disparut. Madame Gabin venait de me fermer les yeux. Je n’avais pas eu la sensation de son doigt sur ma paupière. Quand j’eus compris, un léger froid commença à me glacer.

Mais la porte s’était rouverte. Dédé, la gamine de dix ans, entrait en criant de sa voix flûtée :

— Maman ! maman ! ah ! je savais bien que tu étais ici !… Tiens, voilà ton compte, trois francs quatre sous… J’ai rapporté vingt douzaines d’abat-jour…

— Chut ! chut ! tais-toi donc ! répétait vainement la mère.