Page:Zola - Une farce, 1888.djvu/19

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laisse-t-il s’épanouir librement sur la branche ! Il les cueille et n’en jouit qu’une heure.

Et la mousse dit à son tour :

— Arrête, Simplice, viens rêver sur le velours de mon frais tapis. Au loin, entre les arbres, tu verras se jouer Fleur-des-eaux. Tu la verras se baigner dans la source, se jetant au cou des colliers de perles humides. Nous te mettrons de moitié dans la joie de son regard : comme à nous, il te sera permis de vivre pour la voir.

Et toute la forêt reprit :

— Arrête, Simplice, un baiser doit la tuer, ne donne pas ce baiser. Ne le sais-tu pas ? la brise du soir, notre messagère, ne te l’a-t-elle pas dit ? Fleur-des-eaux est la fleur céleste dont le parfum donne la mort. Hélas ! la pauvrette, sa destinée est étrange. Pitié pour elle, Simplice, ne bois pas son âme sur ses lèvres.


IX


Fleur-des-eaux se tourna et vit Simplice. Elle sourit, elle lui fit signe d’approcher, en disant à la forêt :

— Voici venir le bien-aimé.

Il y avait trois jours, trois heures, trois minutes, que le prince poursuivait l’ondine. Les paroles des chênes grondaient encore derrière lui ; il fut tenté de s’enfuir.

Fleur-des-eaux lui pressait déjà les mains. Elle se dressait sur ses petits pieds, mirant son sourire dans les yeux du jeune homme.

— Tu as bien tardé, dit-elle. Mon cœur te savait dans la forêt. J’ai monté sur un rayon de lune et je t’ai cherché trois jours, trois heures, trois minutes.

Simplice se taisait, retenant son souffle. Elle le fit asseoir au bord de la fontaine ; elle le caressait du regard ; et lui, il la contemplait longuement.

— Ne me reconnais-tu pas ? reprit-elle. Je t’ai vu souvent en rêve. J’allais à toi, tu me prenais la main, puis nous marchions, muets et frémissants. Ne m’as-tu pas vue ? ne te rappelles-tu pas tes rêves ?

Et comme il ouvrait enfin la bouche :

— Ne dis rien, reprit-elle encore. Je suis Fleur-des-eaux, et tu es le bien-aimé. Nous allons mourir.