Page:Zweig - Tolstoï.djvu/231

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dernières années à Dieu et non pas à la plaisanterie et au jeu, aux cancans et au tennis. De même, maintenant que je suis entré dans ma soixante-dixième année, mon âme aspire de toutes ses forces au repos et à la solitude, pour vivre en harmonie avec ma conscience ou, si ce n’est pas absolument possible, du moins pour échapper au désaccord criard qu’il y a entre ma vie et ma foi. »

Mais cette fois encore il était revenu, l’humanité ayant en lui repris le dessus. La force de son moi intime n’était pas encore assez grande, l’appel de sa vocation n’était pas encore assez puissant. Maintenant, treize ans après cette seconde fuite, et deux fois treize ans après la première, l’attraction formidable du lointain devient plus douloureuse que jamais ; cette conscience de fer se sent puissamment et magnifiquement emportée par une force insondable. Au mois de juillet 1910, Tolstoï écrit dans son Journal ces mots : « Je ne puis faire autre chose que de m’enfuir, et j’y pense maintenant sérieusement ; maintenant montre ton christianisme ! C’est le moment ou jamais (en français, dans le texte tolstoïen). Ici personne n’a besoin de ma présence. Aide-moi, ô mon Dieu ; instruis-moi ; je ne voudrais qu’une chose, faire ta volonté et non la mienne. J’écris ceci et je me demande : est-ce réellement bien vrai ? Est-ce que de la sorte je ne fais pas devant Toi des simagrées ? Aide-moi, aide--