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Parnasse des dames/Tome 03/De la prééminence de la femme sur l’homme

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DE LA PRÉÉMINENCE
DE LA FEMME SUR L’HOMME.

Brief Diſcours en Vers.

Il me plaît d’admirer des hommes la grandeur :
Mais puis ſi nous venons à priſer la valeur,
Le courage, l’eſprit & la magnificence,
L’honneur & la vertu, & toute l’excellence
Qu’on voit luire toujours au Sèxe féminin,
À bon droit nous dirons que c’eſt le plus divin…
Quant à moi je ſais bien qu’entre nous femmelettes,
On peut humainement trouver des fautelettes ;
Mais qu’on ne vante plus des hommes les combats,
Qu’on ne me chante plus la force de leurs bras.
Eh ! Quel homme oſera, fut-il grand Capitaine,
Comparer ſa valeur à la Camilienne ?
Valaſque, Zénobie, enfin Sémiramis,
En qui Pallas avoit ſa plus grand force mis,
Le Ciel voûté n’a point tant de luiſans brandons,
Comme l’on contera de féminins mantons.

(Qui ont fait de grandes choſes).

Déjà j’entends crier quelqu’un à mes oreilles,
Qui me tance de quoi j’en distant de merveilles.

 » N’abandonnez-vous pas pour un rien votre corps,
» Qui eſt cauſe ſouvent de tant de mille morts ?
» Ah ! qui voudroit de vous un gros volume écrire,
» Il trouveroit aſſez de ſujet à médire…
Pauvres gens inſenſés, ô ſerfs de nos appas !
Ah, ce n’eſt pas ainſi, non ainſi ce n’eſt pas.

Elle s’étend longuement ſur la manière dont les hommes viennent à bout de ſéduire les poures femmes. Elle ajoute :

Oncques je n’ai trouvé dans toutes les Hiſtoires,
Ni dans les vieux écrits d’anciennes mémoires,
Qu’une femme ſe ſoit donnée volontiers
À nul homme vivant.

Après cette vérité inconteſtable, elle fait l’énumération des femmes immortaliſées par leurs Vers, comme Sapho, Corinne, de Gambara, Armil, Angoſiole. Et elle paſſe aux Françoiſes célèbres qui vi voient encore. Les voici :

Viens donc, Sœur des neuf Sœurs, ô nouvelle Charite,
Ma Comteſſe de Retz, viens, que tu ſois écrite
La première en mes Vers : le Grec t’eſt familier,
De ta bouche reſſort un parler ſingulier,
Qui contente les Rois & leur Cour magnifique ;
Le Latin t’eſt connu & la Langue Italique,
Mais par ſurtout encor le François te connoît
Pour ſon enfant, t’avoue, honore, & te reçoit.

S’il faut feindre un ſoupir d’un amant honorable,
S’il faut chanter encor une Hymne vénérable,
Tu ravis les eſprits des hommes mieux diſans,
Tant en Proſe & en Vers tu ſais charmer nos ſens.
Venez après Mortel, Charamon, Eliſenes,
Des Roches de Poitiers, graces Piériennes,
Vous auſſi qui tenez le Sceptre Navarois,
Et vous ma Générale, honneur des Piémontois,
De qui l’illuſtre Sang l’Italie environne,
Ayant regné long-tems ſur Vincenſe & Véronne.
Mes Dames, qui voudroit dignement vous chanter,
D’une Valeria il faudroit emprunter
Le ſçavoir, & la voix, ou d’une Cornélie.
Finis, muſe, finis mes plus chères amours ;
Mignone, c’eſt aſſez, finis-moi ce diſcours.


Elle ne le finit pas cependant, mais c’eſt un avis au Lecteur dont il n’eſt pas mal de profiter ; nous ajouterons ſeulement qu’elle ſe permet une réflexion très-ſenſée contre les ennemis du beau Sexe ; car il en a…

On doit bien ſe garder de toute humaine race,
Qui ne veut approcher la féminine grace.

À la ſuite de cet Ouvrage, l’Éditeur a ajouté quelques petites Poéſies dédiées à Madame la Ducheſſe de Joyeuſe, Marguerite de Lorraine.