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Parnasse des dames/Tome 03/Poésies de madame des Roches

La bibliothèque libre.
Traduction par Fatné de Morville.
Parnasse des dames, Texte établi par Edme-Louis Billardon de SauvignyRuault3 (p. 4-10).

POESIES
DE MADAME
DES ROCHES.

VERS
À un Ami.

Tous ces Vers, qu’ores je vous donne,
Ont beſoin d’être réformés ;
Ce ſont les enfans d’Erictonne[1],
Qui ſans père ont été formés.

Sur la situation de son ame.

Ayant ſouffert treize ans d’une injuſte puiſſance,
Le travail & l’ennui, la peine & la douleur,
Ont pris ſi forte place au centre de non cœur,
Que je n’y trouve lieu pour la ſeule eſpérance.

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Las ! où eſt maintenant ta jeune bonne grace,
Et ton gentil eſprit, plus beau que la beauté[2] ?
Où eſt ton doux maintien, ta douce privauté ?
Tu les avois du Ciel, ils y ont repris place.

Ô miſérable, hélas ! toute l’humaine race,
Qui n’a rien de certain que l’infélicité !
Ô triſte que je ſuis, ô grande adverſité !
Je n’ai qu’un ſeul appui en cette terre baſſe.

Ô ma chère compagne, & douceur de ma vie,
Puiſque les Cieux ont eu ſur mon bonheur envie,
Et que tel a été des Parques le décret :
Si après notre mort le vrai amour demeure,
Abaiſſe un peu tes yeux de leur claire demeure
Pour voir quel est mon pleur, ma plainte & mon regret.


  1. Ericthée.

  2. Ceci rappelle ce beau Vers de la Fontaine, un des traits
    les plus ſublimes du genre naïf :

    Et la grace plus belle encore que la beauté.