Petit cours d’histoire de Belgique/p09/ch2

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Maison d'édition Albert De Boeck (p. 155-157).



CHAPITRE II

L’Empire Français.


1. Napoléon Bonaparte. — Ce fameux capitaine était né à Ajaccio, en Corse, en 1769. Il révéla ses étonnantes dispositions nu siège de Toulon, en 1793, et obtint à vingt-sept uns le grade de général en chef.

En 1796, avec une armée sans souliers, dénuée de tout, il franchit les Alpes, chassa d’Italie quatre armées autrichiennes et imposa à l’Autriche le traité de Campo-Formio (1797).

Sa célèbre expédition d’Égypte mit le sceau à sa gloire (1798-1799). Revenu en France, où régnait l’anarchie, il renversa le Directoire[1], et se fit nommer chef du gouvernement sous le nom de Premier consul.

Une nouvelle et brillante campagne en Italie, contre les Autrichiens, lui permit de se faire nommer consul à vie (1802), puis empereur 1804 : le pape vint à Paris présider au sacre solennel.

Alors commença une série interminable de victoires sur toutes les nations de l’Europe, sur l’Autriche, la Prusse, la Russie et l’Espagne : l’empire français atteignit le Tibre et l’Elbe. Tout à l’entour s’étendait une puissante ceinture de royaumes gouvernés par les frères de l’empereur : lu Hollande, la Westphalie, le royaume de Naples, l’Espagne.

Ce merveilleux édifice croula soudainement.

Km 1812, Napoléon conduisit contre la Russie une magnifique armée de 500.000 hommes. Il pénétra jusqu’à Moscou, et logea dans le Kremlin des tsars. Mais le froid et la faim détruisirent la grande armée. À la nouvelle de cet effroyable désastre, tous les peuples opprimés se soulevèrent en même temps. Les destinées du monde se jouèrent dans les plaines de Leipzig. La bataille des nations, « la plus grande de tous les siècles », dura trois jours. Napoléon vaincu rentra dans ses états, suivi par le flot des alliés, qui inonda la France de toutes parts. Toutes les ressources d’un génie prodigieux ne purent empêcher la capitale de la France de tomber au pouvoir de l’ennemi, le 31 mars 1814. L’empereur abdiqua, se retira dans l’Île d’Elbe et Louis XVIII remonta sur le trône de ses pères.

2. Administration de Napoléon. — Napoléon avait aussi appliqué son puissant esprit à l’administration intérieure de la France. Sous son règne l’ordre se rétablit. Le concordat de 1802, conclu avec le pape Pie VII, amena la restauration du culte catholique.

De grands législateurs rédigèrent par ses ordres le célèbre Code civil de 1804.

Il fit exécuter de remarquables travaux d’utilité publique. Anvers devait devenir, dans sa pensée, le plus grand port militaire du monde. Il y fit creuser deux vastes bassins, bâtir un arsenal, et projetait d’établir des forts le long du fleuve jusqu’à la mer : « Anvers, disait-il, sera un pistolet chargé, dirigé sur le cœur de l’Angleterre ».

Son règne imprima un essor remarquable à notre industrie. Le blocus continental avait fermé les ports européens aux navires anglais (1806). Débarrassée de la concurrence anglaise, la draperie jouit bientôt d’une brillante prospérité à Verviers, ainsi que le travail du coton, du lin et des dentelles dans les Flandres et la métallurgie à Liège.

Mais les guerres incessantes de Napoléon rendirent nécessaires de lourds impôts, et la fleur de la jeunesse, appelée sous les drapeaux, alla semer ses os sur tous les champs de bataille de l’Europe. Aussi salua-t-on avec allégresse la chute de celui que l’enthousiasme populaire avait autrefois glorifié à l’égal d’un Dieu.

Conséquences de la domination française en Belgique. — Sous la domination française les impôts et la conscription pesèrent lourdement sur la Belgique. Mais celle-ci retira de sa réunion à la France des avantages précieux.

1° Les privilèges des classes et des villes firent place à l’égalité et à la liberté ;

2° L’uniformité s’introduisit dans les lois, dans l’administration, dans l’organisation judiciaire ;

3° L’industrie prit un magnifique essor, et Anvers retrouva la perspective d’un brillant avenir, grâce à l’affranchissement de l’Escaut en 1792, et aux travaux considérables que l’empereur y fit exécuter.



  1. Directoire : corps de cinq membres qui gouverna la France de 1793 à 1799.