Les Gaietés/Pierrot belle-queue

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Les GaietésAux dépens de la Compagnie (p. 75-77).


PIERROT BELLE-QUEUE.

Air : Allant de la brune à la blonde.


Bien que ma mère en médise.
Soutenant qu’il n’est qu’un sot,
Pierrot me trouve à sa guise,
Je suis folle de Pierrot.
Je sais qu’il est un peu bête,
Mais outre qu’il s’y connaît,
Devant moi, quand il s’arrête,
Vite, il ôte son bonnet.....
C’est qu’il est long,
Qu’il va droit comme un jonc,
Jusqu’au fond ;
Qu’il est, bien à propos,
Des plus gros.....
C’est qu’il est bien honnête.

Pour danser, Dieu, quelle aisance !
Je suppute par mes doigts

Que Pierrot jamais en danse
Ne rentre moins de huit fois ;
Mais du bal, un jour de fête,
Rien ne saurait l’arracher ;
Jamais alors il n’arrête,
Pas même pour se moucher.....
C’est qu’il est long, etc.

D’un vieux duc et pair avare
La femme a, je crois, eu vent
Du mérite, un peu trop rare,
Que Pierrot met en avant.
Pour payer un tête à tête,
Elle a volé son grigou ;
Moi, pour empêcher l’emplette,
Sous clé je tiens le bijou.....
C’est qu’il est long, etc.

Une dame surannée,
Chère à tous nos beaux esprits,
Et qui brille à l’Athénée,
Pour Pierrot a le cœur pris.
Dans une ode elle s’apprête
À l’ériger en héros ;
Mais Pierrot n’est pas poète
Et bâille à tous ses grands mots.....
C’est qu’il est long, etc.

Un jour qu’il chantait l’office,
Près d’un bénitier banal,

Arrive dame Clarisse,
Cousine d’un cardinal.
Cette prude fut discrète
En disant son oraison,
Et prit Pierrot par la tête,
Croyant prendre un goupillon.
C’est qu’il est long, etc.

Lorsque des femmes si sages
Font tout pour me l’enlever,
J’ai de sinistres présages
De ce qui doit m’arriver.
Je crains qu’après une enquête
Nos Minerves de la cour
Ne l’obtiennent par requête,
Pour en tâter tour à tour.
C’est qu’il est long,
Qu’il va droit comme un jonc,
Jusqu’au fond ;
Qu’il est, bien à propos,
Des plus gros.....
C’est qu’il est bien honnête.