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Placet au comte du Lude pour lui demander du petit-salé

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Placet au comte du Lude pour lui demander du petit-salé
Chapelle


PLACET À MONSIEUR LE COMTE DU LUDE
Grand-maître de l’artillerie
Pour lui demander du petit-salé.

Plaise à monseigneur le grand-maître
Oublier un peu son salpêtre,
Boulets, canons, et tout l’emploi
Dont il vient de faire connoître
Si bien ce qu’est notre grand roi ;
Et n’oublier certain saloi,
Ni la provision champêtre
Qui déjà même y devroit être,
Suivant les us, coutume et loi,
Qui veulent petit lard renaître,
Sitôt qu’on voit en désarroi
Les jours d’Automne et les nuits croître.
C’est le seul mets, en bonne foi,
Que peut mon trop petit dequoi
Sur ma table faire paroître
Pour nourrir ma famille et moi,
Jusqu’au temps que vient un bon prêtre
Nous dire à chacun : Souviens-toi
De ta boue et de ton bicêtre.

Ce fut par une matinée,

(Et même sans être sorcier,
Bien dirois l’heure et la journée)
Qu’ordonné fut au sieur Boursier
De ne laisser passer année,
Ni Saint-Martin sur son coursier,
Qu’on ne vît dans ma cheminée
La belle et gaillarde échinée

Au poil blondin s’associer.

Et cependant mes dieux larès,
Qui s’attendent à l’ordre exprès,
Portent chez moi de chambre en chambre
Un nez plus friand de porc frais,
Que de myrrhe, civette et d’ambre,
Et, ne trouvant rien qu’âtres froids,
En font déjà mille regrets,
De voir ainsi s’enfuir Novembre
Sans rien avoir de vos forêts.