Poèmes divers (Apollinaire)

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[UN SON DE COR]

Un son de cor
A fait gémir
Ceux qui veillent en leurs chaumières
Le bel inconnu est arrivé
Il a vu
La belle inconnue
L’a prise en croupe
Et l’auférant a henni
Ils ont fui dans le loin sombre
Là-bas delà le lac où des étoiles sombrent
La nuit
Près des grands saules pleureurs
Ils ont fui
Par les forêts et par les plaines
As-tu rêvé de ta légende prochaine
Mystérieux voleur d’infante
Et toute la langueur et la vieillesse

Des âmes de jadis
Sont venues pleurer en moi
Le gonfanon du chevalier
Est de sinople qui espère
Il flotte au loin ô mon âme en ton émoi
Et la vie s’en va là-bas
Lente et qui espère
Infante qui meurt tristement
Parmi les nains et les bouffons
En un castel de fées
Les fées les douces fées Hideuses hideuses fées
Les lilas et l’iris et la rose de Jéricho
En un castel de fées
Où des jongleurs enchantés
Attiraient les passants
Par l’harmonie étrange
Des archiluths et des théorbes
Se mariant
A l’âme des violons
Et l’âme claire des larmes

Il n’est point comme moi
Dans les transes de la chambre endormie
Il n’a point vu d’inconnue
Se pencher sur son lit
Et le baiser au front

Mais toi Passant triste
Passant pauvre comme moi
Chemine avec moi
A l’heure où nous allons
Par des matins très mornes
Chercher la vie monotone
— Car nous avons peur de mourir —
Nous voudrions mourir
Car le siècle est tout noir
En chapeau haut de forme
Et pourtant nous courons
Et puis quand sonne l’heure
L’heure d’être passif
Aux tâches quotidiennes
Notre être se dédouble
Et nous ne songeons plus

Ecoute passant
Ecoute et puis sans nous connaître
Nous nous séparerons
Viens La grand-route au loin poudroie